CONTRATS
DE SOUS TRAITANCE, EXTERNALISATION
A - Pourquoi sous-traiter?
Les arguments
pour passer à la sous-traitance peuvent être de plusieurs ordres (en dehors du
gain financier qui reste à démontrer):
Attention: le but est de faire
un constat de la situation actuelle et nullement de critiquer les intervenants
de maintenance, c'est bien la conjoncture qui nous amène à la situation
décrite.
·
La sous-traitance de la
maintenance est un moyen de contrôler les dépenses. Plus que le Donneur
d'ordres, le sous-traitant doit veiller à la rentabilité du contrat.
·
L'image de la maintenance
n'est pas bonne. Le rejet fréquent de la fonction méthodes tend à prouver que
le personnel maintenance refuse de progresser. Quel est le service
maintenance qui pratique les probabilités ?
·
Absence fréquente de
veille technologique en interne.
·
La technique n'est
souvent pas le problème de fond.
·
Le service maintenance a
du mal à chiffrer son budget et de fait ne sait pas convaincre sa direction.
·
Les maintenanciers ne
sont pas souvent très humbles (mais il est vrai souvent très compétents).
·
Les personnels
maintenance préfèrent malheureusement le rôle de pompier (qu'ils maîtrisent
mieux que quiconque, et pour cause) aux interventions préventives
·
le personnel de
maintenance n'est pas renouvelé à l'issue des départs (retraite, mutation, etc)
B - Les différentes formes de sous-traitance et leurs
rémunérations
1
- Les formes de sous-traitance
Les formes de
sous-traitance de la maintenance sont nombreuses. Ce n'est pas la façon
d'intervenir qui change, puisque le travail du technicien reste le même, mais
c'est le cadre juridique de l'intervention qui va définir la forme de sous-traitance.
Aussi, nous pouvons dissocier les interventions en les classant par modes
de rémunération:
- Intervention
rémunérée au temps passé: mission limitée dans le temps (régie, travail
temporaire). La rémunération pourra être de type dépense contrôlée
- Intervention
sur devis
- Forfait
(peut être partiel: limité à un nombre d'heures, le restant étant de la
dépense contrôlée plafonnée ou non)
- Intervention
rémunérée au bordereau-points
Bien entendu la
relation entre le Donneur d'Ordres et le prestataire de maintenance ne devra
jamais entrer dans le cadre d'un délit de marchandage.
Pour cela il
faut que le périmètre d'intervention soit défini et qu'il n'y ai pas
subordination: les équipes intervenantes doivent donc être totalement
indépendantes du donneur d'ordres (donc avoir un responsable désigné) et avoir
une mission parfaitement définie à l'avance.
2
- Contrat de moyen ou de résultat ?
Notion de
résultat:
Contrairement à la notion de moyen,
la notion de résultat porte l'obligation à un prestataire de maintenance de
réaliser sa prestation en respectant un objectif défini au préalable (ratio, un
nombre d'heures, résultat technique, etc...). La relation est plus confortable
pour le Donneur d'Ordres qui aura su définir des objectifs avant
l'intervention: en cas de litige sur l'objectif, c'est au prestataire de
démontrer qu'il a tout mis en oeuvre pour atteindre l'objectif et non pas au
donneur d'ordres de démontrer la faute.
Nous encourageons vivement
les contrats à obligation de résultats, mais il n'est pas toujours simple
de définir l'objectif à atteindre (délai imparti, coût, etc.).
3
- Un exemple de rémunération "mixte" appliquée cas du cost and fee:
La
rémunération de type cost and fee peut être couplée à des clauses
d'intéressement destinées à motiver le prestataire de maintenance.
Rémunération
= Coûts fixes + Coûts variables + 0,5* (Valeur Cible - Coûts
variables)
*
à moduler
- Coûts fixe = le prestataire est assuré de
voir ses frais de structure payés.
- Coûts variables = le prestataire se voit
rémunérer la partie variable de son intervention (heures) en fonction du
temps passé.
- Intéressement : 0,5* (Valeur Cible - Coûts
variables) = une cible d'heures a été définie, en cas de dépassement le
prestataire ne touchera pas d'intéressement.
F - Cas particulier: le contrat de maintenance au forfait
Le contrat de
maintenance de type forfait suscite un engouement tout particulier en ce début
de 21ème siècle. La mode mondiale de maîtrise des coûts fait de ce type de
rémunération l'outil idéal puisque son exploitation permet de définir
clairement les budgets de maintenance.
L'application
du contrat de type forfait est-elle si simple? Malheureusement il n'est pas
rare de constater que des prestataires réclament, au delà du forfait, des
sommes parfois conséquentes (20 % du forfait) au donneur d'ordres. A qui
incombe la faute ? La réponse n'est pas simple, on constate qu'il arrive
souvent que le donneur d'ordres paye les sommes réclamées en plus du forfait.
Le prestataire lui soumet pour cela des éléments de preuves qui justifient ces
dépassements.
On comprend
donc que la rédaction du contrat et le montant du forfait ne doivent pas être
élaborés avec légèreté. Pour arriver à une valeur chiffrée finale (le montant
forfaitaire annuel), un Donneur d'Ordres doit traiter/recouper beaucoup de
chiffres issus des :
- Périmètres
géographiques et techniques
- Historiques
travaux (nature, type, urgence, durée)
1
- Le contenu du contrat
Le contenu
d'un contrat n'est pas figé, il doit être adapté à la particularité de chaque
service maintenance. Il pourra par exemple être constitué de 2 parties: une
générale et une spécifique dans le cas où plusieurs contrats auraient la même
partie générale.
- Sommaire
- Généralités
- Etendue de la prestation contractuelle
- Moyens
- Modalités d’exécution
- Suivi du contrat
- Conditions économiques
- Compléments juridiques
- Modifications
- Annexes
- Glossaire
- Index
Un exemple de
contrat se trouve ici
(Édition Eyrolles, Daniel Bachelier, Editions d'Organisation). Attention
: Ingexpert ne recommande pas ce modèle, il est donné à titre d'information.
2
- Eviter certains pièges lors de la rédaction:
Se poser la
question de savoir si l’on est prêt à passer à un contrat de maintenance
forfaitisé :
- si
l’on a une connaissance suffisante de sa maintenance. La meilleure façon de
le savoir est de se heurter à la détermination précise du coût de
maintenance pour un périmètre défini.
Se poser la
question de savoir si l’on est prêt à sous-traiter:
- le
processus maintenance est-il adapté à la forfaitisation?
3 - Les étapes de l'élaboration d'un
contrat
L'élaboration d'un contrat de type forfait est des
plus contraignantes. Les étapes nécessaires à sa rédaction sont les suivantes:
·
Etat des lieux
·
Définition* de la
stratégie de maintenance
·
Définition* de la
politique d’externalisation (Externalisation pièces de rechange par exemple,
périmètres)
·
Rédaction du plan
de communication
·
Rédaction du
cahier des charges
·
Rédaction* /
rassemblement des documents d’annexes (processus maintenance, plan des arrêts,
plan préventif (dont graissage), plan des visites règlementaires , etc)
·
Définition*
spécificités (sécurité par exemple)
·
Rédaction* de
documents spécifiques à soumettre au prestataire (fonctionnement
informatique par exemple)
·
Préparation du
pré-contrat et des documents achats
·
Définition de la
stratégie de consultation
·
Définition des
valeurs cibles
·
Grille de réponse
technique
·
Grille de
décomposition de coûts
·
Détermination
short lists
·
Consultations
·
Comparaison des offres, notations
·
Alignement des
offres
·
Définition des
axes de négociation, négociation
·
Adaptation du
contrat
·
Signature contrat
·
Période de
mobilisation
o
Démarrage contrat
* à
partir de l’existant
4 -
Planification de la rédaction d'un contrat et démarrage du contrat
Il faut compter environ 2 mois pour passer toutes ces
étapes.
Après le lancement de la consultation, il faut compter
également 2 mois pour obtenir les offres des prestataires. La phase de
négociation dure environ 1 mois.
5 - Les lacunes
d'un encadrement par une société de conseil
La rédaction
d'un contrat de maintenance représente un travail ponctuel important que le
Donneur d'ordres, faute de moyen interne suffisant souhaite sous-traiter.
Il fait pour cela appel à un cabinet de conseil.
La
méconnaissance de la maintenance par une société de conseil peut,
malheureusement, être une réalité. Dans le cadre du montage d'un contrat
forfaitaire, un mauvais choix de conseil peut avoir des conséquences humaines
et financières qui se révèleront lors du fonctionnement du contrat. On ne
pensera alors pas forcément à ce moment là que le cabinet de conseil a préparé
un document qui a conditionné les problèmes et souvent on recherche la faute du
côté des opérationnels de maintenance.
La mauvaise société
de conseil compte parfois sur le Donneur d'ordres (qu’elle juge experte en
maintenance !) pour remédier à ses propres lacunes: le monde est alors à
l'envers. L'un des risques consiste par exemple à exploiter sans filtrage, par
défaut de compétence, des informations brutes collectées en
interne (informations incomplètes ou fausses fournies par le service
maintenance par exemple) pour définir la valeur cible d'un contrat forfaitaire
ou consulter les entreprises.
En
maintenance, la connaissance du terrain est indispensable. Le cabinet de conseil ne doit pas être
exempté de cette qualité.
La société de
conseil devra savoir mener son projet en motivant notamment les gens de
terrain. Elle devra donc tenir compte de leur avis et se mettre à leur niveau
et tirer tout le monde vers le haut. Sans la motivation du personnel de
terrain, le projet ne peut aboutir.
C - Jusqu’ "où" sous-traiter l'activité de
maintenance?
La
question de savoir jusqu'à quel point il faut sous-traiter est peu évidente. La
réponse est fonction du Donneur d’Ordres: de son activité, de son histoire, de
sa situation géographique, de ses acquis, de sa situation sociale, de sa
situation financière, de sa politique. Aujourd'hui nous constatons une
disparité importante dans les politiques de sous-traitance.
·
n'est -il pas surprenant de constater qu'un site préparant du
combustible nucléaire sous-traite son activité de maintenance, notamment de
production, à 90% ?
Nous ne
saurions que conseiller aux Donneur d’Ordres de conserver un minimum de
maîtrise de leur outil de production critique, pour la sécurité et
pour la production essentiellement.
·
Le Donneur
d’Ordres doit garder la maîtrise de la politique maintenance
·
Le Donneur
d’Ordres doit avoir une visibilité totale des pratiques de maintenance en place
·
Le Donneur
d’Ordres doit conserver une fonction méthode au moins pour traiter de
l’amélioration de la fiabilité.
·
Cette fonction
méthode sera un élément moteur lors de la mise en place éventuelle de la TPM ou
d'autres démarches :
·
Le Donneur
d’Ordres garde la maîtrise des améliorations à rentabilité non immédiate
(retour sur investissement supérieur à 1 mois par exemple)
·
Le Donneur
d’Ordres garde la maîtrise de la maintenance préventive (hormis le systématique
et conditionnelle type CND, contrôles radiographique)
·
Selon le niveau de
la maintenance préventive (si auto maintenance), le Donneur
d’Ordres pourra garder la maîtrise des interventions de niveau 1 et 2
·
Le Donneur
d’Ordres gardera l’entretien de certains équipements, les plus critiques par
exemple
·
Si le Donneur
d’Ordres possède un contrat de résultat de type forfait, le prestataire
réalisera la prestation méthode afin de se garantir la rentabilité du contrat
sur la durée
Une
sous-traitance importante doit OBLIGATOIREMENT s’accompagner d’une tenue à jour
stricte de :
·
plan de
maintenance
·
DTE (Document
Technique des Equipements)
·
Comptes rendus
d'intervention
Tous les historiques doivent être récupérables sur les outils appartenant au
Donneur d’Ordres (GMAO essentiellement). Le Donneur d’Ordres ne doit pas
se trouver démuni d’historiques au départ du Prestataire.
D - Le nombre de contrats de sous-traitance la globalisation
Sans réelle
politique d'externalisation, il est un fait que le nombre de contrats augmente
sans cesse et que leur suivi est d'autant plus difficile à mesure que
l'effectif interne décroît.
La réduction
du nombre de formes de sous-traitance peut être source de profit pour un
service maintenance ou plus exactement pour le service achats. Ainsi on parle
de maintenance globale: un prestataire ou une poignée de prestataires de
maintenance vont se partager l'ensemble de l'activité de maintenance
externalisée.
E - Le démarrage d'un contrat: période délicate
Les Donneurs
d'Ordres qui ne maîtrisent pas la mise en route d'un contrat ne sont
malheureusement pas rare. Par exemple, la mise en place des contrats de
maintenance forfaitisés pose d’énormes problèmes aux Donneurs d'Ordres
Français.
Bien entendu
ceci n’est pas dû au hasard. Il est l’aboutissement malheureux d’un
enchaînement de faits qui ont un point commun : le manque de maîtrise
de l'élaboration du projet.
La mise en place d'un contrat
de maintenance mérite une attention toute particulière. En effet la réussite du
démarrage conditionne l'avenir du contrat. Il faut préparer la venue du
prestataire :
- Expliquer
aux fabricants le projet
- Remettre
en question le processus général
- Rédiger
la procédure de mise en place (+formation, plans de prévention, etc)
- Aider
à la " prise en main " (plan de maintenance)
- Désigner
un interlocuteur. Définir la forme et le fond des
rapports: l'interlocuteur du prestataire a un rôle très important à
jouer.